2018 11 28 Tous responsables la faute à Renault NIssan ou RNBV

La faute de RENAULT, de NISSAN ou de RNBV ?

Un conseil d’administration aux ordres (suite)

Sans débat contradictoire à l’unanimité de ses membres, y compris des deux représentants de Renault, le conseil d‘administration de Nissan a destitué de son poste de président du conseil d’administration, celui qui en 1999, sous les ordres du PDG  de la société, à l’époque nationalisée,  sauva l’entreprise nippone de la faillite.

Comme il fallait s’y attendre, la destitution de Monsieur GHOSN  amène  à s’interroger sur la pérennité de l’alliance. Si, au Japon, les propos sont en surface rassurants, sur la continuité de l’Alliance, un parfum de chantage flotte dans l’air. Ici et là on entend une autre musique. La presse locale bruisse de déclarations anonymes, de responsables de Nissan (?), affirmant que le groupe veut revoir la structure de l’alliance, comprendre les participations croisées «condition nécessaire pour qu’elle continue», selon l’un d’eux. Déjà en 2015 Monsieur Hiroto Saikawa, alors numéro 2 de Nissan et représentant de NISSAN au conseil d’administration de Renault, avait menacé de dénoncer l’accord, qui scelle juridiquement l’Alliance Renault-Nissan dans sa forme actuelle.

Selon la rumeur alimentée par le quotidien économique Nikkei, qui cite (encore !) un dirigeant de Nissan, Carlos Ghosn chercherait à fusionner les deux groupes. Dans un discours très offensif, Hiroto Saikawa, ex dauphin de Monsieur Ghosn a repris cet argument portant une charge inédite contre son ancien mentor. Il l’accuse d’avoir projeté dans  « un plan concret prêt au printemps prochain», de mettre en œuvre cette fusion. (afp/nxp). Pourtant le discours officiel, largement relayé par les instances de Nissan et de Renault réfute toute idée de fusion. Alors ?

Ici se trouve peut-être la véritable raison du « débarquement » de Monsieur Ghosn. Volontairement ou non un amalgame est fait entre les fonctions de Carlos Ghosn PDG de Renault et le même Carlos Ghosn PDG de la filiale hollandaise RNBV. Cette filiale est devenue le véritable centre de gestion de l’alliance Renault Nissan Mitsubishi depuis la création des fonctions convergées. En appuyant sur Renault les opposants font l’impasse sur le fait que Nissan est représentée au sein de RNB.

Nous formulons ici l’hypothèse que Messieurs Hiroto Saikawa et consort se sont rendus compte, ce que je dis depuis des années, que Carlos Ghosn était en train de finaliser  à travers RNBV  sa mainmise sur le groupe en mettant sur pied une structure à même de contourner les aspects juridiques et politiques d’une fusion. Il n’y a rien de nouveau, Monsieur Ghosn sur le sujet a toujours joué franc jeu, en pariant sur la soumission des deux conseils d’administration de Renault et de Nissan. Pour le premier la chose fut facile, je renvoie le lecteur aux différents articles sur le sujet en particulier à ceux du 15 décembre 2015 et du 24 mars 2016, tous deux consultables sur le blog RENEW SRTA, ou sur Médiapart.

Extrait de l’article du 24 mars 2016  « RENAULT un conseil aux ordres de NISSAN »

D’avril à décembre 2015, le groupe Renault a été le théâtre d’un conflit opposant son premier actionnaire, l’État français,  à son PDG Carlos Ghosn. Derrière les arguments des uns et des autres la raison profonde de cet affrontement est la volonté affichée du PDG de l’Alliance de revoir les participations croisées au bénéfice du japonais pour remettre en cause le leadership  de l’Alliance en le transférant à Nissan.

 

 Pour sortir de la crise,  Nissan et le gouvernement français sont parvenus à « un accord dit de stabilisation …. mûrement réfléchi (sic) ». A ce stade nous avons droit à une version moderne du plat de lentilles : « l’homme fort » de l’Alliance Renault-Nissan a très habilement exploité le contexte pour arriver à ses fins. Validé par le conseil d’administration, à l’unanimité,  par cet accord  non seulement l’État français renonce à intervenir dans une de ses filiales, ici Nissan, mais s’interdit de faire usage dans certaines conditions des droits attachés à sa représentativité dans la gestion de Renault. Et comble de tout, faisant fi de toute possibilité de recours, s’apprête en cas de litige à  donner à la filiale le contrôle de l’Alliance !

 

Les réactions à cet accord sont significatives : « les observateurs japonais sont ravis de voir le constructeur japonais consolider son indépendance ». Au Japon, les médias et les élites voient dans le compromis une victoire de Nissan contre une influence française, forcément suspicieuse. « Suivant régulièrement le dossier, le « Nikkei », l’influent quotidien économique, a ainsi retenu du bras de fer que « le gouvernement français avait accepté de ne plus se mêler au management de Nissan ».

 

Pour le second, cette série de gages, voir les mêmes articles a donnée l’illusion, que nous avions partagée, d’une mainmise de Nissan sur l’Alliance, alors qu’en fait

Extrait de l’article« Où va l’alliance ? » du 28 juillet 2015

 Cette interrogation est plus que jamais d’actualité. Cette dernière est-elle amenée à se dissoudre dans un ensemble de marques dominé par Nissan ? Autrement dit assiste-t-on à une « nissanalisation de l’Alliance ». Mais qu’en est-il ? Car s’il est vrai que Carlos Ghosn a laissé l’avantage au constructeur de Yokohama sur celui de Billancourt, l’Alliance deviendra-t-elle pour autant un groupe japonais ? Limiter le propos à un match Renault-Nissan, serait une erreur. Pour différentes raisons, expliquées sur le blog renew-srta, Nissan a de meilleurs résultats que Renault (le même parallèle est fait entre Dacia et la marque historique). Mais le groupe japonais et le groupe français sont en train de perdre leur autonomie au bénéfice d’une alliance gérée par RNBV. ..

Avant l’annonce du rapprochement des directions communes le discours officiel maintenait l’alliance dans un partenariat de deux groupes distincts. Tout ce qui s’apparentait soit sur un plan industriel à une fusion, soit sur le plan financier à une holding était banni. Depuis le rapprochement des principales fonctions dans des entités communes, annoncé début 2014, mais surtout depuis la publication dans le document de référence pour l’assemblée des actionnaires du 30 avril 2015 « du rapprochement des directions des deux sociétés » nous avons la confirmation que l’Alliance Renault-Nissan s’éloigne de l’accord du 27 mars 1999 pour prendre une orientation qui si elle n’est pas une fusion des appareils des deux groupes dans un montage financier proche de la holding , en prend tous les apparats et toutes les apparences

Article du 30 mai 2018

« Jusqu’alors simple organe de réflexion  la filiale commune RNBV devient une société, dont le contrôle échappe aux deux constructeurs. La préoccupation, affichée, des nouveaux actionnaires – à cette occasion, la fondation « Stiching preference Shares Renault-Nissan » est citée – est la mise en place du contrôle de RNBV. Par les statuts se confirme la mise en place au profit de ces nouveaux actionnaires d’une « prime de présence », « le super bonus », dénoncé en 2017 par la presse ». Depuis 2014  la stratégie poursuivie tend à « vider » le groupe Renault de ses compétences en les transférant sous l’autorité de la filiale commune basée en Hollande. Aujourd’hui toutes les directions opérationnelles de Renault et de Nissan sont fusionnées … Et de fait, les produits badgés Renault sont ou seront des clones des produits Nissan et inversement.

Article du 5 mars 2018

Aujourd’hui, la fusion des deux groupes est en passe d’être achevée au niveau industriel. Le fonds du problème est  maintenant la gouvernance et la répartition des pouvoirs économiques du nouvel ensemble, au profit de qui ? De Renault ? que nenni ;  de Nissan ? la ficelle serait un peu grosse, revoir les participations croisées devrait suffire, reste le pilotage par la filiale RNBV !

C’est probablement à la même conclusion que la partie japonaise est arrivée. Le moment est bien choisi par « nos partenaires » pour se débarrasser de la « tutelle de Carlos Ghosn et faire éclater l’Alliance. Et quelque soit l’issue que prendra cette affaire dans laquelle est empêtré Monsieur Ghosn. Que les torts imputés au PDG déchu soient réels ou non, il est une vérité qui ne souffre pas d’ambiguïté : RNBV est devenu le centre décisionnel de l’alliance Renault Nissan Mitsubishi. De cela les deux conseils d’administration sont redevables.

A diverses reprises j’ai écrit que « l’avenir de Renault est sans Carlos Ghosn » le moment est venu de se demander si cet avenir est avec Nissan. Manifestement les japonais remettent en cause l’accord de 1999 et les participations croisées.

Un statut quo serait dangereux pour Renault. Mais compte tenu des engagements pris par l’ETAT actionnaire, la posture de la société est délicate. Ni le conseil d’administration (à voir pour les administrateurs qui ont démissionné avant cette affaire) ni l’Etat n’ont été à la hauteur de leurs responsabilités, au contraire.  Ont-ils oublié qu’il y a des emplois en jeu dans cette partition (quel sens donner à ce mot ?) et au-delà, quoique l’on en pense de savoir si Renault restera sous pavillon français.

 

Claude PATFOORT le 28 novembre 2018

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