Cette interrogation est plus que jamais d’actualité. Cette dernière est-elle amenée à se dissoudre dans un ensemble de marques dominé par Nissan ? Autrement dit assiste-t-on à une « nissanalisation de l’Alliance ». Mais qu’en est-il ? Car s’il est vrai que Carlos Ghosn a laissé l’avantage au constructeur de Yokohama sur celui de Billancourt, l’Alliance deviendra-t-elle pour autant un groupe japonais ? Limiter le propos à un match Renault-Nissan, serait une erreur. Pour différentes raisons, expliquées sur le blog renew-srta, Nissan a de meilleurs résultats que Renault (le même parallèle est fait entre Dacia et la marque historique). Mais le groupe japonais et le groupe français sont en train de perdre leur autonomie au bénéfice d’une alliance gérée par RNBV. Carlos Ghosn ne cesse de proclamer qu’il veut créer un groupe automobile qui soit parmi les 3 premiers mondiaux. Comme dans la conquête de l’Ouest, les frontières du groupe qu’ambitionne de construire Carlos Ghosn ne cessent de reculer. Pour y parvenir il crée des alliances ou des partenariats économico-industriels dont l’emblématique accord entre Daimler et l’Alliance Renault-Nissan. Cet élargissement, à travers des participations croisées, a pour incidence la diminution relative de l’Alliance dans le nouvel ensemble. Ce qui réduit d’autant la participation de Renault, sur le principe des vases communicants. Après avoir par la captation des actifs de deux constructeurs et leur mise sous la tutelle de la holding RNBV créé un nouveau groupe industriel, Carlos Ghosn met en place un outil financier pour contourner et s’affranchir de la présence de l’Etat français à son capital. La puissance publique en refusant de recadrer le PDG de Renault suite à son incartade dans l’affaire de droits de votes doubles l’apprendra bientôt.
Avant l’annonce du rapprochement des directions communes le discours officiel maintenait l’alliance dans un partenariat de deux groupes distincts. Tout ce qui s’apparentait soit sur un plan industriel à une fusion, soit sur le plan financier à une holding était banni. Depuis le rapprochement des principales fonctions dans des entités communes, annoncé début 2014,mais surtout depuis la publication dans le document de référence pour l’assemblée des actionnaires du 30 avril 2015 « du rapprochement des directions des deux sociétés » nous avons la confirmation que l’Alliance Renault-Nissan s’éloigne de l’accord du 27 mars 1999 pour prendre une orientation qui si elle n’est pas une fusion des appareils des deux groupes dans un montage financier proche de la holding , en prend tous les apparats et toutes les apparences

UNE AUTRE ALLIANCE

Quinze ans c’est le temps entre la signature de l’accord du 27 mars 1999 qui a donné naissance à l’Alliance et l’annonce officielle au début de 2014 du rapprochement des directions convergées de Renault et de Nissan.

Quinze années pour que l’Alliance Renault-Nissan définie, en 1999, comme : « une alliance originale, reposant sur deux entreprises distinctes, profondément enracinées dans leurs cultures respectives » se transforme en un « outil commercial pragmatique et flexible, à même d’évoluer et d’intégrer de nouveaux projets et partenaires dans le monde entier » et que « la convergence des fonctions communes aux deux constructeurs incite également au rapprochement des directions des deux sociétés ».

De l’Alliance Renault-Nissan à l’alliance de Renault et de Nissan

En 1999, l’Alliance Renault-Nissan était conçue pour être un groupe binational construit sur la base de deux sociétés distinctes chacune gardant le contrôle de sa gestion opérationnelle. Aujourd’hui elle est devenue une alliance bâtie sur la mise en commun des actifs des deux sociétés, dont la gestion est transférée à une filiale RNBV. Hier autonomes, aujourd’hui « Renault et Nissan sont devenues indissociables » pour reprendre les propos du PDG.

De l’Alliance partenaire à l’alliance union industrielle

Dans la communication de l’entreprise, l’ambiguïté est (volontairement ?) entretenue dans l’utilisation de ce terme alliance. Systématiquement et quel que soit le support : web, papier, etc… c’est sous l’identité et au nom de l’« Alliance » qu’est faite l’information et développée la stratégie de Renault. Cet amalgame entretient la confusion autour du mot Alliance = partenariat et alliance = union de deux groupes. Cet amalgame valorise l’Alliance en lui attribuant les résultats réalisés par Renault et Nissan. Cette rédaction laisse croire que l’Alliance est une entité économique en capacité de fabriquer et de vendre des voitures, au nom des deux constructeurs. Ainsi l’Alliance a les apparences et les attributs d’une société, ce qu’elle n’est pas

QUELLE ALLIANCE ?

Le mot alliance qui qualifiait l’union entre les deux constructeurs et « la collaboration stratégique pluriculturelle de deux sociétés distinctes l’une de l’autre »3 suite à l’accord du 27 mars 1999 désigne maintenant la consolidation des deux sociétés dans une entité qui reste théorique. Ce montage n’a aucune valeur juridique : Renault et Nissan ont des bilans séparés. Mais il faut reconnaître que cet abus de langage est un argument de poids dans le formatage des esprits. Pendant des années la communication autour de l’alliance aura permis de masquer les mauvais résultats du groupe.

Initialement signé pour être un partenariat équilibré dans lequel les deux groupes évolueraient de concert, l’affichage aura vite tourné à l’avantage du constructeur Nissan. Sur cette base le rapprochement des fonctions communes de Renault et de Nissan promet le rapprochement des Directions des deux sociétés.

La gouvernance de l’alliance se fait à travers une filiale RNBV qui comprend en son sein le Directoire de l’Alliance. Dans les faits, c’est RNBV, affranchie de toute contrainte envers les deux constructeurs qui via le Directoire de l’alliance impulse et coordonne les relations entre les deux groupes. Ce qui a conduit à créer sous couvert d’Alliance un outil industriel et technique se subsistant de fait à celui des deux constructeurs : les deux groupes sont délestés de leur outil de travail passé chez alliance. Les rapports entre les deux parties sont du type client fournisseur. Toujours est-il que l’alliance se substitue aux deux constructeurs et que la communication de l’entreprise lui attribue :
– La gestion des actifs des deux constructeurs, dans ce cadre, les deux constructeurs restent, jusqu’à nouvel ordre, propriétaires de leurs actifs. Mais l’usufruit en est laissé à RNBV.
– des sites industriels : l’usine de Chennaï en Inde, et Tanger
– acquiert une légitimité juridique : l’alliance représente Renault et Nissan

LA LÉGITIMITÉ DE RNBV CONTESTEE

En 2002 les pouvoirs de décision et de proposition dans le domaine de la stratégie et de la planification devant être menées par l’Alliance ont été attribués à Renault-Nissan bv pour une durée de dix ans. Ces pouvoirs ont-ils été prolongés 2012 ?

A cette question posée lors de l’assemblée générale des actionnaires le 30 avril 2015, l’entreprise affirme : « Les attributions de RNBV ont été prorogées pour une nouvelle durée de dix ans en 2012. Cette prorogation a fait l’objet d’une information lors de l’Assemblée générale du 30 avril 2013 ». On peut penser trouver la confirmation de cette prolongation dans le document de référence de l’année considérée, sauf erreur, ce n’est pas le cas. Les pouvoirs de RNBV ne sont pas anodins, un seul exemple : RNBV gère la coopération avec Daimler pour l’Alliance. Cet oubli, qui n’a pas été comblé est fâcheux, mais il n’est qu’un exemple de la désinvolture avec laquelle agit la gouvernance du groupe.

Extrait RENAULT : UNE FIN ANNONCÉE version 3 à venir

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