L’ACCORD DU 27 MARS 1999 EST PÉRIMÉ

AVANT D’AVOIR UN AVENIR L’ALLIANCE DOIT AVOIR UN PRÉSENT

Les conséquences de la « neutralisation » de Monsieur Carlos Ghosn sont conformes aux prévisions : sans son emblématique leader l’Alliance des constructeurs automobiles Renault et Nissan & Mitsubishi a « du plomb dans l’aile » au point que sa disparition est une hypothèse envisageable.

L’alliance de Renault et de Nissan a-t-elle un avenir ?

Depuis que le fisc japonais a mis son nez dans la comptabilité de Nissan, cette question est au centre des relations entre les partenaires de l’Alliance. Mais avant de se pencher sur l’avenir de l’Alliance, peut-être faudrait-il regarder son présent, voire son passé. Ce qui serait bien utile dans les discussions en cours avec la Fiat.

 

L’accord de mars 1999 est périmé !

Quoi qu’en disait la propagande des deux constructeurs et malgré les dénégations officielles depuis 2014, il était évident que l’Alliance Renault-Nissan, avec la mise en place des fonctions convergées, évoluerait vers une holding. Telle était du moins notre conviction ainsi qu’en témoigne l’extrait de notre article écrit en juillet 2015 :

Où VA L’ALLIANCE RENAULT-NISSAN ? Publié sur le blog RENEW-SRTA le 28 juillet 2015

Avant l’annonce du rapprochement des directions communes le discours officiel maintenait l’alliance dans un partenariat de deux groupes distincts. Tout ce qui s’apparentait soit sur un plan industriel à une fusion, soit sur le plan financier à une holding était banni. Depuis le rapprochement des principales fonctions dans des entités communes, annoncé début 2014, mais surtout depuis la publication dans le document de référence pour l’assemblée des actionnaires du 30 avril 2015 « du rapprochement des directions des deux sociétés » nous avons la confirmation que l’Alliance Renault-Nissan s’éloigne de l’accord du 27 mars 1999 pour prendre une orientation qui si elle n’est pas une fusion des appareils des deux groupes dans un montage financier proche de la holding , en prend tous les apparats et toutes les apparences

De l’Alliance Renault-Nissan à l’alliance de Renault et de Nissan 

En 1999, l’Alliance Renault-Nissan était conçue pour être un groupe binational construit sur la base de deux sociétés distinctes chacune gardant le contrôle de sa gestion opérationnelle. Aujourd’hui elle est devenue une alliance bâtie sur la mise en commun des actifs des deux sociétés, dont la gestion est transférée à une filiale RNBV. Hier autonomes, aujourd’hui « Renault et Nissan sont devenues indissociables » pour reprendre les propos du PDG déchu.

REQUIEM POUR UNE ALLIANCE ? Article paru sur le site RENEW SRTA le 14 février 2019, extrait

La fin justifie les moyens 

Depuis l’écriture de cet article en 2014, la création potentielle de la holding s’est renforcée avec l’arrivée de Mitsubishi et la généralisation des fonctions convergées en 2018.

Beaucoup d’observateurs, avant la déchéance du PDG à la triple couronne, ne tarissaient pas d’éloges sur la politique de Carlos Ghosn. Sans précaution les médias, pour la plupart, ont avalé le mythe d’une Alliance Renault-Nissan premier constructeur mondial automobile !  Il faut se rappeler les concerts de louanges, après une période de scepticisme, autour de ce qui tenait du miracle : le « DIEU » Carlos Ghosn avait réussi là où Mercedes avait échoué avec Chrysler, voire Renault avec Volvo ! En fait il n’en est rien. Quand en 2014 Carlos Ghosn rompt (officiellement ndlr) avec la stratégie de son prédécesseur, Louis Schweitzer, celle de deux entreprises indépendantes, il engage l’alliance dans une fusion classique ! Le basculement vers les fonctions convergées signe la fin et donc l’échec de la politique des deux entités autonomes et conduit les deux groupes dans une fusion tant décriée, sans assise juridique définie.

Qu’il ait fallu pour cela réinterpréter la charte importe peu manifestement à certains observateurs, seuls comptent les résultats. Alors … ? Pourtant nous sommes ici au cœur du problème. Il ne s’agit pas, ici, d’anticiper sur l’impact de cette réorganisation, mais de poser le débat sur une gouvernance bâtie sur un « faux –semblant » et de s’interroger sur le fait de savoir si dès ses origines l’Alliance Renault-Nissan  n’était pas un leurre, voire un mensonge ?

Tous responsables

Si les « révélations » du comportement douteux de l’imperator déchu ne peuvent être ignorées, si elles sont, avant tout une dérive personnelle elles sont aussi la conséquence d’un système qui pendant 15, 20 ans a fonctionné comme une mafia et sa loi du silence. A ce titre elles n’ont pas été sans influence sur les choix des différents acteurs du psychodrame que vient de traverser l’ex, officieux, premier producteur mondial de voiture et à ce stade toutes les hypothèses sont envisageables

Il y a-t-il un lien entre la gouvernance de l’Alliance par Monsieur Carlos Ghosn et les accusations de malversation dont il est accusé ?  Le déséquilibre entre les partenaires de l’Alliance, au détriment de Renault, trouve-t-il sa raison d’être dans les « dérives » de l’ex PDG et la bienveillance du constructeur japonais ?

Nissan l’enfant chéri de l’Alliance ou le bilan de Carlos GHOSN

L’accusation de trahison proférée par Monsieur Ghosn à l’encontre de Nissan trouve son explication dans la liste des « avantages » octroyés au japonais dont on saurait bien en peine de l’équivalent pour Renault :

Marchés réservés au constructeur asiatique Amérique du Nord, et jusqu’à une date récente, la Chine. Chasses gardées sur lesquelles Nissan, réalise plus de 50% de ses ventes

Interdiction pour Renault d’interférer dans la gestion de Nissan (voir à ce propos sur le blog RENEW-SRTA l’article du 3 mars 2016 « pacte de stabilisation ou de capitulation) alors que Renault détient 43,4% des actions de sa filiale

Autonomie complète du japonais vis-à-vis de sa maison-mère

Intégration de Mitsubishi à Nissan avec pour conséquence une perte d’influence de Renault

Etc …

Le nec plus ultra, si l’on peut dire, aura été le comportement de Carlos Ghosn. Plus d’une fois il aura usé de son pouvoir au bénéfice de Nissan, y compris contre les intérêts de sa société Renault, ainsi des diverses tentatives pour revoir la répartition des capitaux entre les partenaires de l’Alliance. L’épisode sur les votes doubles en 2015 et son accord dit de stabilisation, en fait de capitulation en est un bon exemple

 

Il est regrettable que la nouvelle Direction du groupe n’ait pas fait le bilan des années Ghosn. Ce qui, encore une fois, serait bien utile pour remettre à sa juste place un partenaire bien ingrat et rabattre ses prétentions, dans les discussions avec FIAT. Cet angélisme n’annonce rien de bon pour le losange.

 

 

Le 22 août 2019 claude. patfoort@orange.fr

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